Ombres et Lumières

À force de prêter des couleurs à leurs vies,
De tisser des décors aux éclats infinis,
J’ai semé la beauté sur des écrans de verre,
Oubliant qu'ici-bas, la mémoire est éphémère.

Mes mains ont dessiné des havres de douceur,
Offrant du bout des doigts un peu de mon ardeur.
Mais sitôt achevé le travail et l'ouvrage,
Les sourires ont fuis, s'effaçant au virage.

L'ingratitude a le pas discret et léger,
Elle oublie en un jour ce qu'on a mis des mois à créer.
Pourtant, que valent-ils, ces décors sans âme ni éclat,
Si ceux qui les portent oublient d'où venait le pas ?

Qu'importe le silence et les portes qu'on referme,
L'art que l'on a donné reste une valeur ferme.
Ceux qui prennent sans voir ne brilleront qu'un temps,
Car la vraie créativité renaît toujours avec le vent.
Sylviane


07/09/2024

Complainte amoureuse

ST VALENTIN 23

ST VALENTIN 23


Complainte amoureuse

Oui, dès l’instant que je vous vis,
Beauté féroce, vous me plûtes ;
De l’amour qu’en vos yeux je pris,
Sur-le-champ vous vous aperçûtes ;
Mais de quel air froid vous reçûtes
Tous les soins que pour vous je pris !
Combien de soupirs je rendis !
De quelle cruauté vous fûtes !
Et quel profond dédain vous eûtes
Pour les vœux que je vous offris !
En vain je priai, je gémis :
Dans votre dureté vous sûtes
Mépriser tout ce que je fis.
Même un jour je vous écrivis
Un billet tendre que vous lûtes,
Et je ne sais comment vous pûtes
De sang-froid voir ce que j’y mis.
Ah! fallait-il que je vous visse,
Fallait-il que vous me plussiez,
Qu’ingénument je vous le disse,
Qu’avec orgueil vous vous tussiez !
Fallait-il que je vous aimasse,
Que vous me désespérassiez,
Et qu’en vain je m’opiniâtrasse,
Et que je vous idolâtrasse
Pour que vous m’assassinassiez !

Alphonse Allais (1854-1905)

 

Sylvie Erwan 

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